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Sommes nous devenus des poupées de porcelaine ?

Sommes-nous devenus des poupées de porcelaine ?

Aujourd’hui les TMS nous concernent tous, ces tendinites, ténosynovites, syndrome du canal carpien et autres inflammations des tissus mous autour des articulations. La Caisse Nationale d’Assurance Maladie des Travailleurs Salariés (CNAMTS) parle d’épidémie : Les maladies professionnelles liées aux TMS augmentent régulièrement depuis deux décennies. Aujourd’hui, elles représentent 80% des maladies professionnelles.

Cette évolution ne peut pas s’expliquer par la diminution des aides à la manutention : Au contraire, les chariots élévateurs, transpalettes électriques, les ponts roulants remplacent de plus en plus souvent les bras dans l’entreprise. Alors, sommes-nous en sucre ? Nous faisons nous mal dès que nous devons nous extirper de notre canapé pour faire un effort physique un peu soutenu ?

Prenez mon grand père. Il était maçon. Il préparait le ciment à la pelle, le montait sur l’échafaudage au seau et à la poulie, montait les parpaings à la poulie ou sur l’épaule. La bétonnière travaille aujourd’hui à la place du maçon et le télescopique amène les matériaux à hauteur d’échafaudage. Comment expliquer que le maçon d'aujourd’hui souffre plus physiquement ?

Première réflexion : La dépense énergétique de mon grand père était énorme et à 10 heures du matin il avait déjà avalé un quart de saucisson, un tiers de miche et la moitié d’une bouteille de vin. Il produisait un effort physique intense qui consommait énormément de calories, ce qui est moins le cas du maçon d’aujourd’hui.

Deuxième réflexion : Peut-être mon grand père était-il plus musclé que le maçon d’aujourd’hui. Mais si ses muscles étaient plus durs, ses tendons – ces « ficelles » qui relient le muscle à l’os – étaient-ils pour autant plus costauds ? Muscle-t-on un tendon en tirant dessus ? Non, ni les ficelles !

Troisième réflexion : Combien de parpaings mon grand père posait-il pendant une journée ? Et le maçon d’aujourd’hui ? Dix fois plus ? Vingt fois plus ? Le temps gagné dans la préparation du ciment et la montée des matériaux sur l’échafaudage est entièrement investi dans la pose de parpaings. Si le travail d’aujourd’hui consomme moins de calories, il est beaucoup plus répétitif. Ce sont toujours les mêmes articulations qui sont sollicitées, les mêmes gestes répétés.

Ma grand-mère était commerçante, elle avait une activité diversifiée : servir le client, encaisser, réapprovisionner… La spécialisation des métiers limite les postures et la nature des sollicitations physiques. Dans un grand magasin moderne la caissière est toujours assise, la vendeuse toujours debout et le magasinier porte toujours du poids.

Pourquoi le PRAP réussirait-il là où Gestes & Postures échoue depuis 50 ans ?

Nous fêtons les 50 ans de la formation Gestes & Postures. A cette occasion la CNAMTS préconise dans le Plan National de Formation en vigueur depuis le 1er janvier 2011 une nouvelle formation pour prévenir les TMS : la PRAP (Prévention des Risques liés à l’Activité Physique)

Gestes & Postures aurait-elle démérité ? Non, bien sur que non, même si elle a été impuissante à endiguer l’explosion des TMS. Mais elle n’est pas pour autant exempte de reproches :

D’abord il n’est pas toujours possible de mettre en œuvre les principes de sécurité physique et d’économie d’effort. Par exemple lorsqu’on prend un objet dans un carton, on ne peut pas plier les jambes. Et les opérateurs n’ont pas toujours la forme olympique qui leur permettrait sept heures durant de déposer des paquets au sol en s’accroupissant à chaque fois.

 

Ensuite Gestes & Postures s’intéresse essentiellement à la protection des lombaires dans le cadre du transport manuel d’objets. Or les lombaires génèrent 5% des maladies professionnelles, alors que le coude représente 1/5, l'épaule 1/4 et le poignet 1/3. 

Dernier grief adressé à ce vaillant cinquantenaire : Gestes & Postures fait reposer la totalité de l’effort de prévention sur l’opérateur. En caricaturant : J’explique à un manutentionnaire les principes d’économie d’effort puis lui demande de décharger seul à bout de bras le semi remorque de 20 tonnes de sacs de 50 kg.

 Revenons au grand magasin moderne cité plus haut. Avec Gestes & Postures on a appris au magasinier à plier les jambes pour ramasser le colis au sol. Avec la PRAP on va aussi s’intéresser à la raison pour laquelle le colis est au sol. Il est au sol parce que le magasinier l’a déposé là. Pourquoi avait-il besoin de déposer ce colis pour le reprendre ensuite ? Pour faire signer le bon de livraison au client avant d’amener le colis à sa voiture. Aurait-il pu déposer le colis sur une table au lieu de le déposer au sol ? Oui, parfaitement.

Le PRAP ne limite pas sa recherche de solution aux postures et à la gestuelle, il s’intéresse aussi à l’organisation individuelle.

Malheureusement il n’y a pas de table dans l’espace où le client signe le bon de livraison. Cet espace est partagé entre les magasiniers, les clients, les chariots élévateurs, les transpalettes. Difficile à chacun de prévoir une table pour ses besoins particuliers. Une réflexion collective va être nécessaire pour organiser l’espace. Le PRAP recherche aussi des solutions en termes d’organisation collective.

Enfin le PRAP ne va pas s’intéresser qu’au dos du magasinier, mais aussi à la position de son cou lorsqu’il conduit le chariot élévateur, son épaule lorsqu’il tire le transpalette, son poignet lorsqu’il pousse le colis, etc.

Dans la formation Gestes & Postures, le message implicite du formateur est « moi qui n’ai jamais pratiqué votre métier, je vais vous expliquer comment faire le travail que vous faites depuis 20 ans et vous allez m’imiter ». Dans la PRAP, il devient « je vais vous apprendre à analyser votre travail et vous allez inventer des solutions et faire des propositions pour réduire les facteurs de TMS ».

Avec la PRAP, l’intelligence est dans la tête de l’opérateur, pas dans celle du formateur, ni dans celle de l’ergonome...

La PRAP a-t-elle des effets secondaires désirables ?

L’entreprise pourrait redouter qu’après avoir donné la parole à l’opérateur dans le cadre de la formation PRAP, elle soit submergée de demandes variées : Une table pour le magasinier, un transpalette électrique pour l’agent de quai, un tapis roulant motorisé pour l’opérateur qui décharge les containers… Comment répondre à toutes ces demandes ? N’a-t-on pas donné le bâton pour se faire battre ?

Le risque existe, bien qu’il soit limité : La formation PRAP est précédée par une analyse au cours de laquelle les postes sont classés en fonction des facteurs de TMS. Il est logique que les postes les plus soumis à ces facteurs soient prioritaires. Par ailleurs les solutions sont la plupart du temps alternatives et certaines ne comportent pas de coût financier. Par exemple lorsqu’une tâche est particulièrement exigeante au niveau articulaire, on peut bien sur envisager l’achat d’un appareil d’aide à la manipulation, mais aussi l’éclatement de la tâche entre plusieurs postes voisins, ou bien qu’il y ait un roulement sur le poste qui a la charge de la tâche…

Mais la PRAP a des effets secondaires positifs bien plus importants. Aujourd’hui personne ne met plus en cause l’impact positif de la qualité sur la rentabilité. Les entreprises certifiées qualité sont en moyenne plus productives que les autres. Pourquoi ? Parce qu’au lieu de reproduire année après année les mêmes procédés, mais de plus en plus vite pour augmenter la productivité, elles ont pris le temps de réfléchir à la manière dont elles travaillaient. Et ont amélioré leurs procédés.

Réfléchir à sa sécurité physique, c’est aussi réfléchir à la manière dont on travaille. Ainsi OSHA, l’organisme européen de sécurité, rendait compte dans son rapport 2009 de la meilleure performance économique des TPE et PME qui mettent en œuvre une politique de prévention des risques.

Par ailleurs, selon le 2ième Baromètre Alma Consulting Group sur l’absentéisme en France, 84% des DRH interrogées considèrent la prévention des accidents et maladies est « efficace » à « très efficace » pour lutter contre l’absentéisme, contre seulement 36% pour les contre visites médicales.

Amélioration de la sécurité rime ainsi souvent avec amélioration de la productivité.

FPC Sud Ouest - avril 2011 (actualisé en mai 2014) - Contactez Mathilde au 0675 633 640